Locataires

Hier, nous nous sommes enfin décidés à regarder un film dont Dame Marion nous avait prêté le DVD il y a un certain temps, voire un temps certain (grâce lui soit rendue) : Locataires, film coréen.

locataires

Tae-suk est un jeune homme qui passe sa vie chez les autres. En journée, il colle des affiches publicitaires sur la porte des maisons. Le soir, il entre dans l’une des maisons dont l’affiche n’a pas été retirée et y passe la nuit. Il ne vole rien, il se contente d’y séjourner. Parfois même, il répare l’un ou l’autre objet dans l’habitation. Un jour, il est surpris dans son manège par Sun-houa, une belle femme apparemment maltraitée par son mari. C’est le début d’une relation particulière entre ces deux personnages.

Le film est très contemplatif : beaucoup de silence, de plans larges qui laissent le temps au spectateur de s’imprégner de l’ambiance, des émotions qui passent par les gestes, les regards. En fait, alors que les autres se démènent, s’agitent et s’écrient, eux deux ne disent rien, pas un mot, et pourtant leur personnalité s’esquisse, s’affine petit à petit. Une vraie performance d’acteur, époustouflante même, pour un film qui ne lasse jamais malgré un rythme plutôt lent et émerveille par le choix des cadrages, des musiques, et par la justesse du jeu des acteurs.

Tomboy

Tomboy est un film dont il vaut mieux ne rien savoir avant d’aller le voir. C’est pourquoi je ne posterai pas ici la bande annonce du film, ni ne vous parlerai en détails du propos de la réalisatrice, Céline Sciamma.

tomboy

Sachez simplement que Tomboy est une fable actuelle, filmée à hauteur d’enfant, qui aborde avec pudeur et sensibilité le thème de la construction de l’identité sexuelle dès le plus jeune âge. Il y a dans ce film un mélange de douceur et de cruauté, propre au monde de l’enfance, qui m’a séduit, et le sujet n’est jamais lourd, car joué avec simplicité, comme pour laisser au spectateur le plus beau rôle, celui de se mettre à la place des personnages.

Easy Money

JW est étudiant en commerce. Issu d’un milieu peu aisé, il a l’argent pour obsession. Pour lui, c’est le ticket d’entrée dans un monde de plaisir, de soirées interminables, de filles autrement inaccessibles… Il accepte donc des petits boulots qui rapportent gros, de plus en plus gros… Jusqu’à mettre en danger sa vie et celle de ses proches.

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Ce polar suédois réalisé par Daniel Espinosa est efficace, il séduit par son ambiance oppressante, son implacable montée en puissance. Les acteurs sont parfaits ; allez voir le film en VO, même si, comme moi, vous ne comprenez pas un mot de suédois. Il y a aussi un rythme que j’aime beaucoup, calme, mesuré, mais qui recèle une tension incroyable. Et si le début est un peu confus, donnant l’impression que le réalisateur ne sait pas très bien où il va, tout se met rapidement en place, les caractères s’esquissent, tout devient crédible, se peaufine, pour donner naissance à des personnages entiers, tourmentés, dont on partage les doutes, les passions et les angoisses. Bref, une réussite totale.

Black Swan

English version below

Nina est danseuse et elle a une obsession, l’excellence. Le metteur en scène de sa compagnie cherche une nouvelle tête d’affiche pour le premier spectacle de la saison, une interprétation personnelle du Lac des Cygnes de Tchaïkovski. Or, la concurrence est rude. Nina fera tout pour réaliser son rêve, repoussant plus loin ses limites, toujours plus loin.

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Darren Aronofsky filme à un rythme effréné, se place au plus près des acteurs qui, Natalie Portman en tête, jouent et vivent leur rôle avec passion. Black Swan se confond avec son sujet, devient lui-même un ballet qui, avec grâce, alterne frénésie et sérénité, instants de calme profond et d’intense excitation. La caméra accompagne les danseurs, sublime leurs mouvements, suit les variations de la musique, somptueuse, et dépeint avec un réalisme effrayant la pression mentale et la douleur physique nécessaires au dépassement de soi.

La perfection, Nina la désire plus que toute autre chose. Avec Black Swan, Darren Aronofsky démontre qu’il est au moins possible de l’effleurer.

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English version:

Nina’s a ballet dancer who’s striving for excellence. Her company’s producer’s looking for a new star who’d play the first role in a personal interpretation of Tchaikovsky’s Swan Lake as their first show of the new season. But competition is harsh between all candidates. Nina’s determined to do anything she can to make her dream come true, pushing her limits still further back.

Darren Aronofsky’s shooting frantically, getting closer and closer to the actors who – Natalie Portman in the lead – play and live their part passionately. Black Swan is one with its subject. It turns into a ballet itself, as it gracefully alternates frenzy and serenity, profound stillness and intense excitation. The camera follows the dancers, sublimates their movements, tunes up with the beautiful music’s variations, and depicts – with frightening realism – the mental pressure and physical pain endured when surpassing oneself.

Perfection is what Nina desires most. Darren Aronofsky’s just proved it is at least possible to get extremely close to it.

L’autre monde

Qu’est-ce qui peut bien donner envie d’aller voir L’autre monde, à part la chute de reins de Louise Bourgoin bien en évidence sur l’affiche (on me dira que c’est peut-être bien fake, je répondrai qu’on s’en fout) ?

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Il y a plusieurs raisons :
- Encourager le cinéma français à zieuter du côté de l’image de synthèse, parce que les ricains n’en ont pas le privilège et puis ça change un peu des comédies à deux balles et autres “chroniques de la vie ordinaire” que tout le monde il pleure à la fin ;
- Retrouver ladite Louise Bourgoin à l’écran, parce qu’au-delà de sa chute de reins, elle avait montré de belles choses dans Adèle Blanc-Sèc ;
- Voir comment est traité le thème du jeu vidéo et surtout de l’influence du jeu vidéo sur la vie réelle et affective des pauvres esclaves du joystick et du réseau.

Ça me paraissait déjà pas mal, comme raisons de me bouger jusqu’au cinéma, ce que je fis donc. Et comment dire… mais, mais, mais… mais c’est de la merde ! Bon, sans aller jusque là, ne soyons pas péremptoires, il faut bien dire que ça ne vole pas très haut. La Louise s’en sort plutôt pas mal avec le bout de rôle qu’on a bien voulu lui donner, mais les autres, pas franchement de quoi déchaîner les passions.

Soyons clairs, l’intérêt du film, c’était quoi ? Le monde virtuel, non ? Et ici, au lieu de se concentrer sur cette partie-là, de faire évoluer doucement les personnages, de voir comment ils perdent pied petit à petit et finissent par ne plus savoir se passer du jeu, perdre le sens des réalités, ne plus savoir quel monde est le plus important… hé bien on se coltine pendant la plupart des scènes le monde réel façon “plus belle la vie”, et le jeu des acteurs est à l’avenant : à peine digne d’un feuilleton de TF1 un après-midi de juillet. Et que je traîne en longueur sur tout ce qui est commun, pour régler en trois coups de cuiller à pot tout ce qui aurait pu être développé.

Et au final ? Une petite morale neuneu et un happy end tout pourri. Ça valait bien la peine de torcher des belles images de synthèse comme ils l’ont fait, pour tout foutre en l’air comme des malpropres.

Un K particulier à plus d’un titre

Je voulais vous dire un mot au sujet d’un film qui est pour le moment à l’affiche : Knight and Day. Enfin, quand je dis au sujet du film, plutôt au sujet de son titre (parce que, bon, un film avec cette tache de Tom Cruise au générique, rien à faire, ça me donne une seule envie : partir en courant).

Vous aurez au passage noté le jeu de mot du titre, jeu de mot qui disparaît complètement dans la version française : Night and Day. Ou comment réinventer la traduction anglais-anglais sans avoir l’air d’y toucher. Ce n’est donc pas un mythe : les francophones passent bel et bien pour des buses en langues étrangères, au point que les distributeurs jugent nécessaire de simplifier un titre anglais spécialement à leur attention. Le plus cocasse, c’est quand on se promène à Bruxelles et que, forcément, on croise les deux versions dans la rue ou à la gare (l’une en VO pour les néerlandophones et l’autre en VF – ou plutôt en anglais pour les nuls – pour les francophones).

Alors, oui, les francophones ne sont pas les plus férus de langues. De là à dire qu’ils sont trop cons pour comprendre le mot ‘Knight’, il y a un pas que je ne ferai pas. Et puis, ce n’est pas non plus en mâchant le travail et en ne confrontant jamais à la moindre difficulté les personnes les plus réticentes à la pratique d’une langue qu’on va améliorer une situation certes déplorable…

Adèle Blanc-Sec

Je suis allé voir le film sans connaître la série BD.
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J’ai bien aimé. C’est surtout le personnage d’Adèle qui fait la réussite du film : caractère bien trempé, répliques bien senties… Les autres personnages ne manquent pas de personnalité non plus. Fort typés, souvent assez pittoresques – un peu à la manière des personnages de Jeunet – ils permettent des situations parfois très cocasses. Le tout sur un rythme qui ne faiblit jamais. Au final, Adèle Blanc-sèc est un simple film de divertissement, entre humour et aventure, mais c’est un bon. Avec une mention spéciale pour Louise Bourgoin, très bien dans son rôle et qui impressionne pour un premier film.

Crazy Heart

English version below

Je suis fan de Jeff Bridges depuis que j’ai vu The Big Lebowsky. J’ai donc été voir Crazy Heart.

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C’est le genre de film que j’aime pour son atmosphère, son style. Un peu comme un Tarantino. Du coup, je ne vois plus les défauts qui pourraient lui être reprochés. C’est vrai que l’histoire en elle-même n’est pas d’une originalité folle et que certains développements sont un peu trop attendus. Mais pour le reste, j’ai été complètement embarqué dans l’histoire. Deux raisons pour cela, à mon avis : d’abord cette magnifique musique country, avec des scènes de concert – parfois dans de simples bars – absolument superbes, et puis un Jeff Bridges magistral qui n’a pas volé son Oscar. Un film qui vaut donc surtout pour la performance de l’acteur principal et pour son ambiance générale. Je conseille.

English version

I’m a big fan of Jeff Bridges ever since I saw The Big Lebowsky. So I wanted to see Crazy Heart.

It’s the kind of movie I like for its style and personality. I like Tarantino’s for the same reason, in which case I usually don’t notice the shortcomings that might be pointed out. The story itself is not particularly original – that’s for sure – and some events aren’t so surprising. Yet, I’ve been completely taken in by the characters. I think there are two reasons why I really loved the movie: the magnificent country music, with beautiful songs played in concert halls or local pubs, and Jeff Bridges’ fantastic performance – duly rewarded by an Oscar.

Alice in Wonderland

English version below

Il y a quelques règles immuables en ce bas monde. L’une d’elles stipule que, le jour où sort un film de Tim Burton avec Johnny Depp au générique, je ne suis plus là pour personne.

Alice

Après avoir vu le film, on se dit qu’il y a comme une évidence dans le fait de voir Burton adapter l’oeuvre de Carroll. C’est un peu le même univers fait de folie, de magie et de rêve. Le résultat est à la hauteur des attentes – des miennes, en tout cas. Les décors sont somptueux, les personnages bien interprétés… et Burton parvient à s’approprier l’univers de Carroll tout en le respectant. La bonne idée du cinéaste est de ne pas se borner à une simple adaptation – retranscription, devrait-on dire – mais de se servir de l’univers de base pour créer sa propre histoire. Au final, on obtient une histoire moins décousue que les romans d’origine (Alice au pays des merveilles et De l’autre côté du miroir) et prenante du début à la fin.

English version:

There’s a rule in this world saying that I’m not available for anyone when a Tim Burton’s film is released, all the more if Johnny Depp’s part of the cast.

After seeing the movie, it seems obvious that Burton was to adapt Carroll’s masterpiece. They share the same imagination and have a fancy for madness, magic and dream. It results in a film that met all my expectations. The scenery is magnificent, the characters are convincing… and Burton was able to appropriate Carroll’s universe while respecting it. The director doesn’t merely adapt the original work; he uses it as raw material in order to create his own story. As a result, the script’s less disjointed than the original novels (Alice’s Adventures in Wonderland and Through the Looking-Glass) and the movie’s captivating up to the end.