Alors que j’allais au festival de St Malo pour clôturer en beauté et en bonne compagnie ma “carrière” de chroniqueur, j’ai subi un lobbying aussi intense qu’éhonté pour que je chronique L’armure du Jakolass, une aventure du pauvre Valérian jeté en pâture à l’humour imbibé de Manu Larcenet.
Je vous livre ici le résultat de cet ultime tour de piste, avant de fermer définitivement la porte du salon des chroniqueurs, non sans un petit pincement au coeur…

L’armure du Jakolass aurait aussi bien pu s’appeler Valérian chez Francisque. Certes, le fan de l’agent spatio-temporel créé par Christin et Mézières en aurait eu quelques sueurs froides, mais au moins aurait-il été préparé au tour joué par Manu Larcenet à son héros adoré.
Avec la bénédiction des pères spirituels de Valérian et Laureline, l’auteur du Combat ordinaire et de Bill Baroud, entre autres, est le premier à revisiter l’univers de cette série de référence en matière de science-fiction. Si le décalage est évident, le respect pour l’œuvre originale l’est tout autant. Entre délires éthyliques et missions aux enjeux plus que sérieux, blagues de potache et inventions dignes des meilleurs épisodes de la série, Larcenet trouve le juste équilibre, imposant sa marque sans se complaire dans le simple pastiche. En effet, tandis que le personnage de Valérian est malmené comme jamais auparavant, les autres sont fidèles à eux-mêmes, d’un Monsieur Albert au calme olympien à une Laureline délicieusement sauvageonne, en passant par des Shingouz au meilleur de leur forme, c’est-à-dire roublards comme personne et gentiment gaffeurs.
Ce genre de série parallèle peut parfois être considéré comme un travail de commande – il y a des précédents fâcheux – mais Larcenet fait montre d’une rigueur qui ne se dément pas et qui transparaît avant tout dans un dessin soigné aux petits oignons. Si les trognes des acteurs relèvent parfois de la caricature, les décors et autres visions intersidérales ne dépareilleraient pas dans un album à la tonalité plus sérieuse. L’auteur impose une ambiance oppressante qui, malgré la légèreté des dialogues loufoques qui ponctuent jusqu’aux scènes les plus réalistes, permet à l’intrigue de conserver toute sa crédibilité.
En fin de compte, L’armure du Jakolass est à la fois le meilleur Valérian paru depuis longtemps, rappelant l’âge d’or de la série, et un Larcenet du meilleur cru. Incontournable.
(Chronique initialement parue sur www.bdgest.com)